Petit abécédaire d’un congrès

Les congrès socialistes passionnent, mais ils ne sont pas si hermétiques que cela. Vous entendrez souvent ces mots dans un congrès. En voici le sens.

Abstention
L’abstention est ne de pas participer à un vote. Ce peut être un choix politique pour critiquer la manière dont une question est posée ou pour diminuer la légitimité de ceux qui posent cette question.

Adhérent
L’adhérent est celui ou celle qui décide par un acte volontaire d’appartenir au Parti socialiste. Il paye une cotisation pour contribuer au financement de l’activité du Parti et il est tenu au courant des initiatives. Il vote pour définir la ligne du Parti et pour choisir sa direction locale, fédérale ou nationale. De même, les adhérents votent lors des investitures pour les élections.

Bad Godesberg
Le Congrès de Bad Godesberg (1959) est aussi important dans l’Histoire de la social-démocratie européenne que le congrès de Tours pour la gauche française. C’est à ce congrès que les sociaux-démocrates allemands ont décidé d’abandonner toute référence au marxisme, devenant ainsi, pleinement un parti social-démocrate, réformiste et qui accepte l’économie de marché.

Bureau national
Le Bureau national est l’instance de direction du Parti socialiste. Il est composé de 55 membres répartis à la proportionnelle des résultats obtenus lors de votes de congrès.

Commission
Une commission réunit des personnes pour étudier une question ou trancher un débat en faisant parfois des propositions. Dans le cadre du congrès, il existe une commission des résolutions qui a pour mission de mettre en forme les délibérations dans des textes de synthèse généraux. Ces commissions sont composées des représentants des diverses motions.
La commission du contentieux résout les litiges observés lors du congrès (contestation de vote, irrégularités etc.).

Conseil national (CN)
Le Conseil national (CN) est le « parlement » du Parti socialiste. Il est composé de 204 membres, il est l’instance souveraine entre deux congrès.

Courant
Dans les années 70 et 80, le courant était synonyme de « motion ». Au sens propre, c’est un courant d’idée organisé ou non qui participe du débat démocratique. L’affaiblissement du débat idéologique et la montée de l’individualisme sur fond de dépolitisation ambiante n’ont pas épargné le Parti socialiste qui a vu ses courants devenir « clientèles concurrentes ». Lionel Jospin et François Hollande ont prononcé leur dissolution entre 1995 et 1997.

Délégation étrangère
Parce qu’il appartient à un mouvement international, le Parti socialiste (dont l’unification s’est faite précisément en 1905 à la demande de la deuxième Internationale) invite des délégations de partis étrangers à ses congrès. De même qu’il est invité aux congrès des autres partis socialistes de part le monde. A Dijon, il y aura 70 nations représentées.

Délégué
Les 130 000 adhérents du Parti sont représentés au congrès par 631 délégués qui sont élus par les congrès fédéraux. Chaque fédération dispose d’un nombre de délégués calculés à partir du nombre de ses adhérents.

Eléphant
Depuis les années 80, ce sobriquet prisé des médias affuble les animateurs influents du Parti socialiste. L’expression a trente ans. Elle remonte au Congrès de Grenoble de 1973. Au Parti socialiste d’alors, on croise aussi bien des ténors de la vieille SFIO, que des « barons » fédéraux et que les « sabras » (la jeune génération qui monte). Ces fortes personnalités se réunirent un soir du congrès pour une commission des résolutions. Observant la scène, un ancien de la SFIO lâche, philosophe : « voilà les éléphants qui vont se réunir. » A ceux qui lui demandent le sens de cette phrase, il répond, citant Leconte de Lisle ou Hérédia : « parce que c’est l’heure où les éléphants vont boire ». Le terme est resté et il désigna depuis, ces hautes figures médiatiques et influentes.

Epinay
Cette ville de Seine-Saint-Denis a accueilli en juin 1971, le congrès dit de « l’unité des socialistes ». Usée par près de trente années de molletisme, discréditée par sa politique algérienne et le soutien à de Gaulle en 1958, la vieille SFIO est passée à côté de mai 68. Au lendemain de l’élection présidentielle de 1969 où le candidat de la gauche n’est pas au deuxième tour, François Mitterrand s’allie avec Pierre Mauroy, Gaston Defferre et Jean-Pierre Chevènement pour prendre la tête d’un Parti socialiste refondé qui prône un programme commun à la gauche pour reconquérir le pouvoir. Une stratégie qui gagne en 1981.

Fédé
La fédé (abréviation de « fédération ») est l’échelon du Parti socialiste au niveau du département.

Grenoble
La capitale de l’Isère, fief de Pierre Mendès-France, berceau du syndicalisme étudiant et bastion de la Résistance accueilli deux fois un congrès socialiste en trente ans. Le premier en 1973 et le second en 2000. Il y avait eu alors trois motions. La 1, emmenée par François Hollande, la 2 présentée par Julien Dray, Jean-Luc Mélenchon et Marie-Noëlle Lienemann et la 3 avec Henri Emmanuelli.

Huis-clos
Le congrès est public pour l’essentiel. Cependant, quelques moment se tiennent à huis-clos comme la commission des résolutions, les réunions de motions ou les votes sur le quitus financier. Les invités, les observateurs sont alors invités à quitter la salle.

Internet
Depuis le congrès de Brest (1997), les internautes ont vu se tisser une « toile rose » qui complète utilement les comptes rendus et les documents officiels. Courants, motions ou fédérations mettent sur leurs sites toutes les informations utiles. Le site national n’est pas en reste. Mieux, le congrès de Dijon est à portée de clic pour tous ceux et celles qui veulent vivre au plus près de l’événement et des débats.

Invités
Evénement attendu, assister au congrès est une « occasion en or ». Mais à part ceux qui y ont le droit de vote, il y a toujours eu des invités (autant qu’il y a de délégués, par fédération) qui peuvent participer à la grande fête.

Ligne
La « ligne » c’est la position officielle du parti socialiste sur un sujet. S’y tenir permet au PS d’avoir un discours clair, qui ne change pas selon les orateurs…

Majorité
La majorité (majo) rassemble tous ceux qui soutiennent la motion arrivée en tête et qui sont, de ce fait en position d’emporter tous les votes puisqu’ils sont numériquement les plus forts.

Membre de droit
Si pour assister au congrès il faut se faire élire par sa fédération, les membres sortants de la direction ou les parlementaires sont membres de droit du congrès.

Metz
Le congrès de Metz a eu lieu après la défaite de la gauche aux élections législatives de 1979. A cette occasion, Michel Rocard dans un célèbre discours développa le thème des « deux cultures » antagonistes au Parti. François Mitterrand y opéra un renouvellement en profondeur de la direction.

Militant
Un militant est une personne qui, membre d’une organisation politique, syndicale ou associative, donne de son temps pour diffuser les idées et les propositions de son organisation.

Minorité
La minorité (mino) rassemble ceux qui n’ont pas accepté la synthèse avec la majorité. Il peut y avoir plusieurs minorités si plusieurs motions refusent la synthèse.

Motion
Une motion est un texte proposé au vote. Les motions d’orientations sont des textes généraux contradictoires et la motion arrivée en tête lors du vote peut devenir la ligne du Parti.

Observateurs
Les observateurs sont des membres d’autres partis, de syndicats ou d’associations qui assistent au congrès pour en suivre les débats.

Orientation
L’orientation est l’ensemble des perspectives politiques que l’on propose comme « feuille de route ». C’est uen manière de répondre à l’éternelle question « où va le parti ? ».

Premier secrétaire
C’est la personne qui au niveau national ou fédéral (on parle de premier fédéral ou de première fédérale) qui est responsable du Parti. Son élection est issue d’un vote direct des adhérents.

Proportionnelle
Dans l’exercice de sa démocratie interne, le parti a choisi ce mode de scrutin qui assure une bonne photographie de la diversité des sensibilités dans les instances.

Quitus financier
C’est le rapport financier présenté par le trésorier et soumis à l’approbation du congrès. Il passe en revue toutes les dépenses engagées pendant le mandat et il établit un état des lieux de la situation financière du parti.

Rapport d’activité
Le rapport d’activité est le compte rendu des responsables sortants. Dans le cadre du congrès, il est soumis au vote des militants. Plus le vote est favorable, plus la direction sortante est légitimée.

Recollement
Le recollement est la procédure par laquelle on corrige les résultats des votes après les avis rendus par la commission des contentieux sur les votes réservés. Proclamés dans le congrès, ce sont désormais les résultats officiels.

Rennes
« je n’ai jamais vu un rassemblement d’esprits aussi brillants, produire autant de bêtise ». C’est la manière dont François Hollande résume « son » congrès de Rennes. Ce congrès s’est tenu au printemps 1990 et il a sinistrement marqué les mémoires parce qu’on y a atteint le paroxysme de la déliquescence d’un PS miné par l’usure du pouvoir, les « affaires ». Les « éléphants » s’y affrontèrent trois jours durant dans un climat violent sans qu’aucune majorité se soit dégagée à l’issue du Congrès. Depuis, « Rennes » est devenu le symbole d’un parti vidé de son essence et laissé en pâture aux appétits des uns et des autres. Parmi les poncifs journalistiques, chaque fois que les socialistes débattent entre eux, on pense à Rennes comme si nous étions condamnés à le revivre. Ce qui est très très loin de la réalité… Depuis, le PS s’est très bien remis de ce cauchemar.

Résolution
La résolution est un texte déclaration dans lequel le parti expose ses positions sur un sujet d’actualité.

Secrétariat national
Le secrétariat national assure la direction du Parti socialiste. En son sein, (55 membres) les secrétaires nationaux sont chargés d’un secteur thématique.

Scission
une scission est une séparation. C’est ce qui se produit quand des militants décident de quitter leur parti de leur plein gré. Le PS en a connu quelque unes. En 1920 quand les trois quarts des délégués du congrès de Tours décident d’adhérer à la IIIe Internationale (pour former ce qui va devenir le Parti communiste). En 1934 quand les néo-socialistes de Marcel Déat quittent la SFIO pour évoluer à l’extrême droite quelques années plus tard. En 1958 quand la politique algérienne et le soutien à de Gaulle de Guy Mollet poussent quelques militants à fonder le Parti socialiste autonome, ancêtre du PSU. La dernière en date est 1991 quand Jean-Pierre Chevènement et ses proches quittent le PS sur un désaccord concernant la question européenne pour fonder le Mouvement des citoyens.

Suspension de séance
La suspension de séance est une interruption des débats qui intervient à la demande d’une motion pour consulter ses délégués ou délibérer.

Synthèse
La synthèse est un des enjeux du congrès car elle permet de réduire la ou les minorités en élargissant la majorité. C’est une possibilité de rassemblement à laquelle la commission des résolutions s’atèle en recherchant des points de convergence et en tâchant de réunir le plus grand nombre sur une motion finale unique.

Tours
La première guerre mondiale avait fait éclater le mouvement socialiste et la révolution bolchevik lui avait proposé une alternative à la social-démocratie d’avant 1914. Lénine créa la IIIe Internationale et demanda aux socialistes d’y entrer. Au congrès de Tours, la majorité des socialistes répondit à son appel, jetant les bases du futur Parti communiste. Seule une poignée, lucide, refusa et garda la « vieille maison » autour de Léon Blum.

Unanimité
On obtient l’unanimité quand lors d’un vote, tous les délégués votent « pour ».

Vote
Le vote est l’acte par lequel les délégués acceptent ou refusent les choix qui leur sont proposés. Dans le congrès, ils votent en levant leur carton de délégué.
Il arrive que dans les sections, des votes soient contestés en raison d’un doute sur la régularité de l’adhésion d’un militant. Dans ce cas, on met son bulletin de vote à part (sous enveloppe) pour que le litige soit tranché par la commission des conflits. Cela s’appelle un « vote réservé ». 

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